NEW_THOUGHT
penser différemment
l’Allocation Universelle
Jean-Marie Ghiot
Sommaire
Introduction
Incohérences de la société
Analyse des composants du puzzle
l’Économie,
Les absurdités économiques
Considérations sur le PIB
PIB source de revenu public
Le Travail
La malédiction
L’ utilité du travail
Qualité du travail
La soumission au système
La mécanisation, évolution probable
La formation
Travail indépendant ou salarié
L’Allocation Universelle (AU)
L’apport de l’AU
Filet de sécurité (Chômage, accident, entreprise)
La pénibilité
Le Chômage
Inactivité choisie
En ce qui concerne l’entreprise
En ce qui concerne l’état
Le Surfeur de Malibu
Les mécanismes
Mise en œuvre d’un système d’Allocation Universelle
Impact social
Régulation du système
Fonctionnement pratique
Prototypage
Expérimentation pratique
Conclusions
INTRODUCTION
(A. Jacquard)
« Si l'on avait annoncé aux paysans d'autrefois qu'un jour il faudrait cent fois moins d'heures d'efforts pour produire un quintal de blé, ils auraient souhaité la venue rapide de ce nouvel âge d'or et imaginé les multiples fêtes qui rythmeraient les saisons. Aujourd'hui, cette prédiction est réalisée, mais il n'y a plus de fêtes et les paysans ont dû quitter les villages pour venir s'entasser dans les banlieues des mégapoles. (…) Un jour viendra où il n'en faudra plus du tout [d'efforts] ; les machines remplaceront presque totalement l'homme.
Nous devrions nous en réjouir. Or stupidement, par manque d'imagination devant des conditions nouvelles, nous le déplorons. Pour maintenir le système de répartition d'autrefois, certaines entreprises s'évertuent à produire des biens rigoureusement inutiles, les 'gadgets' qui envahissent notre quotidien, dont elles s'efforcent de persuader le public qu'ils sont nécessaires.
Cela donne du travail à ceux qui les produisent, à ceux qui en font la publicité, à ceux qui les vendent, à ceux qui les détruisent. Ce travail, finalement, n'est qu'une fatigue inutile et souvent destructrice des ressources non renouvelables de la planète.
Le but de l'organisation sociale n'est pas de donner du travail à tous, mais de faire à chacun une place telle qu'il puisse s'autoconstruire en participant à l'autoconstruction des autres. Cette réalisation des hommes par eux-mêmes est sans limite ; personne n'est donc de trop.
La faim dans le monde n'est pas aujourd'hui un problème agricole , elle est un problème politique.
Les économistes occidentaux sont parvenus à faire croire à toute la planète que la seule régulation efficace des rapports entre les individus et entre les collectivités nécessitait un affrontement entre les égoïsmes de ceux qui produisent des biens et de ceux qui les consomment. Ils ont réduit les rapports entre personnes à une compétition permanente. Des attitudes comme la générosité ou le partage sont considérées comme finalement néfastes. En fait, le citoyen a disparu. Il n’est plus qu’un rouage du mécanisme production-consommation».
Incohérences de la société
Pour montrer les dérives de notre société, on pourrait épingler certaines situations « abracadabrantesques » :
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Le dogme de la Croissance . la croissance telle qu’on la considère aujourd’hui est suicidaire. « Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » — Kenneth E. Boulding
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Alors que la planète étouffe de la présence humaine, les économistes préconisent la hausse de la démographie. Nos penseurs, envoûtés par leur montage économique, considèrent que pour pouvoir payer les pensions, il faut qu’un nombre de cotisants important puisse être ponctionné pour générer une masse monétaire à répartir parmi les retraités. Cette masse, ce « bienfait » est généré par ce qu'on appelle «l’emploi» . Partant de cette idée bien assise dans les aberrations de ce système il est donc acquis qu'une démographie importante est la vertu économique suprême.
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Ce qui heurte, c’est que le travail est rarement rémunéré en fonction de l’avancée sociale qu’il a générée. Paradoxalement sans un travail au sens « convenu » du terme, un « cerveau » peut susciter une avancée considérable pour la société. Le rêveur qui, comme Tesla, échafaude des solutions révolutionnaires modifie la face du monde et meurt criblé de dettes.
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Il y quelque chose de dérangeant à devoir constater le labeur du producteur agricole ou de l’éleveur qui mène une vie dure et ne gagne rien, à voir l’ouvrier de fonderie s’intoxiquer aux vapeurs de plomb de peur de perdre un emploi qu’il ne pourra pas remplacer, d’énumérer les formalités absurdes imposées aux chômeurs pour obtenir une indemnité de subsistance, sans condamner les gratifications démesurées de certains patrons pour un apport social médiocre,
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Aux USA, on trouve un caissier de supérette ou un souffleur de verre âgé de 90 ans obligé de travailler parce qu'il n'a pas droit à la pension de retraite.
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Dans nos pays on essaye d’allonger la durée de prestations au-delà de 65 ans, alors que des jeunes cherchent du travail.
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Dans la sphère administrative, c’est la pléthore d’employés alors que tout est numérisé, ce qui s’explique par une loi « psychologique » décrite par Parkinson (Wikipedia) « Les fonctionnaires se créent mutuellement du travail et un fonctionnaire entend multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux », ce qui aboutit au fait que « le travail étant extensible, il n'y a pas (ou très peu) de relation entre un travail donné et la taille de l'équipe qui en est chargée ». Et il est difficile de détruire les structures existantes.
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Selon que vous ayez un statut de fonctionnaire, salarié, ménagère ou indépendant, vos conditions de retraite, pourtant basée sur la répartition, seront différentes
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L'UE pourtant censée assurer bien-être ses citoyens s’évertue à créer des contrats Ceta ou Mercosur ou rechercher la mondialisation qui mettront nos agriculteurs en difficulté, alors que ces produits existent chez nous et que le transport offshore est source de dégradation du climat, sans bénéfice réel pour les acteurs.
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Les déforestations au Brésil détruisent l’équilibre naturel mais l’état tolère et encourage cette dégradation.
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La Belgique importe des matériaux fabriqués par des enfants en Inde alors que ces ressources existent sur son sol.
Etcaetera...
Analyse des composants du puzzle.
Comment supprimer cette dépendance aux tabous d’aujourd’hui, réformer un système qui a vécu, aller vers plus de liberté.
C'est notamment mettre fin à ce cercle vicieux que représente l'asservissement de l'homme par le travail imposé pour qu'il puisse survivre. La robotisation aurait permis de libérer l'homme des travaux lourds, mais elle sert aujourd'hui à enrichir le capitaliste.
Il faut pour cela avoir une réflexion sur ce qui s’est passé depuis la révolution industrielle et proposer des correctifs. C'est bien sûr penser à la protection de la planète mais c'est aussi suggérer des balises politiques.
Commençons par quelques pièces du puzzle.
l’Economie
Entre l'économie de marché, le protectionnisme et l'économie dirigée, les États louvoient et s'accordent après de longs efforts. Puis tout à coup comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, on voit arriver des Trump, des Bolsonaro, des Boris Johnson qui viennent tout bouleverser.
Et il aura suffit pour cela de quelque stratégie peu loyale (M. van renteghem_ le vif) « Le mensonge a été érigé en stratégie politique. Nigel Farage et Boris Johnson, les plus ardents défenseurs du Brexit, ont poussé à l'extrême ce que Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie, avait théorisé » « Plus le mensonge est gros, plus il passe. Plus souvent il est répété, plus le peuple le croit».
Il est clair que les deux systèmes extrêmes (économie de marché et économie dirigée) sont des échecs.
Dans le cas du communisme, il ne s'est trouvé personne qui ait pu trouver un équilibre entre les besoins de la communauté, la recherche et la production. Il s'est au contraire trouvé des gens qui ont profité des failles du système usant souvent de la corruption.
L’économie de marché a engendré le capitalisme et ses multiples dérives. Dans le contexte d'aujourd'hui, le désir de croissance devient hors propos, la mondialisation entraîne le gaspillage de ressources dans le transport et la production de masse. Les multinationales, par la taille de leurs groupes financiers, sont devenues des lobbies qui engendrent des fortunes colossales, poursuivent des politiques de pollution de la planète et freinent les technologies qui ne leur sont pas favorables.
Entre mondialisation et protectionnisme, un juste milieu doit être trouvé qui procure au monde le bénéfice du progrès et de la recherche mais dans la promotion des économies locales.
Les absurdités économiques
Jusqu'à quand va-t-on confondre la notion de capitalisme et de liberté. Je dirai plutôt qu'elles sont antinomiques. Lorsque pour viser un objectif de rentabilité et de profit on oblige les salariés qui n'ont d'autre ressource que de s’y plier, à exécuter avec routine un job inconsistant bien loin d'une réflexion humaine, ce n'est certainement pas un contexte de liberté.
Le travail serait la vraie valeur. Et je lis pour en discuter un passage « Pour un libéral, un emploi est légitime uniquement s’il permet de combler une demande économique réelle. Cela explique pourquoi le socialiste va accroître inconsidérément les emplois dans la fonction publique alors que le libéral verra dans ces emplois excédentaires un gaspillage de ressources. ».
Raisonnons plus loin : Pour exercer ses fonctions de base, l'État a besoin de ressources et cela suppose un taux d’emploi important. En effet, si le citoyen travaille, l’Etat ne lui doit rien et si l’allongement de son activité professionnelle est possible, aucune pension ne lui est due pendant ce temps. Mais surtout en percevant cotisations sociales, taxe sur le travail, taxe à l'entreprise qui l'emploie, l’Etat couvre son budget. Si l’un des rouages grippe tout dysfonctionne: en cas de chômage, pas de recette pour l’état, mais par contre naît pour lui l’obligation d’allocations ou d’une pension anticipée.
Dans l’hypothèse extrême où l’emploi disparaît, l’équilibre budgétaire s’écroule et le gouvernant devra réagir avec plus ou moins d’empressement (la longévité d'un mandat étant de 5 ans, l’impact de cette mécanisation ne le concernera peut-être pas).
Avec quel programme ? La première formule consiste à poursuivre un système obsolète avec tous ses effets collatéraux, la seconde beaucoup plus héroïque consiste à entamer la révolution des concepts basée sur des considérations humanistes.
Pour évoquer des solutions, partons de l'hypothèse extrême et utopique dans lequel la mécanisation a complètement remplacé l'homme, pour relativiser le phénomène ensuite. Auront alors disparu les prélèvements fiscaux patronaux et salariaux, ainsi que les cotisations sociales.
D'autre part si le travail n'existe plus, l'État doit s’organiser pour assurer un niveau de vie aux citoyens sans travail. C'est l'allocation universelle ou la gratuité prêchée par certains théoriciens. De toute manière il s'agit de charges nouvelles qui viendront grever un budget déjà réduit.
Viendra le moment où il faudra faire face et la formule sera composée d’un panaché de mesures. Entre autres, l’état devra assainir son administration en réduisant sa bureaucratie souvent stigmatisée par les clichés de Courteline, Parkinson et Peter et simplifier ses mécanismes en les numérisant. Il devra revoir les bases fiscales, introduire un revenu de base qui remplacera les nombreux dispositifs conditionnels devenus ingérables, négocier certaines mesures avec l’UE.
Ce modèle est bien sur extrême. L’emploi ne disparaîtra pas complètement, mais son contexte change. Outre une mécanisation progressive, la fragilité des entreprises soumises à une concurrence accrue rendra les jobs précaires, parce que le type de travail aura changé. Les entreprises orientées vers les nouvelles technologies ne trouveront plus une main d’œuvre qualifiée, et elles devront les former elles-mêmes. Cette versatilité de la main d’œuvre appelle les mêmes recettes que celles décrites précédemment.
Le gouvernant devra assurer, mais la réussite d’une reconversion dépendra aussi d’un climat social compréhensif et cela, c’est une autre histoire.
Considérations sur le PIB
Pour atteindre un degré de sophistication singulier, l’homme a créé la science économique et, comme l'estime P. Jorion, celle-ci ne serait qu’un assemblage empirique qui aurait reçu un vernis scientifique.
Le dogme absolu serait la croissance identifiée par le PIB. Or ce PIB en tant qu’outil d’évaluation est assez mal choisi pour refléter fidèlement une qualité de vie. Il représente l'ensemble des produits annuels d'une communauté sans égard à la qualité de son contenu. Une communauté qui répare les dégâts provoqués par des manifestations ou par la guerre a plus de valeur indicative qu’une communauté où dominent les chercheurs. Le PIB d'une communauté qui déforeste ou dont l'industrie principale serait des cigarettiers, elle aussi est jugée positive.
Ce PIB, qui est l'objectif économique par excellence est en pure contradiction avec l'idée écologiste. « si un pays rétribuait 10 % des gens pour détruire des biens, faire des trous dans les routes, endommager les véhicules, etc., et 10 % pour réparer, boucher les trous, etc., il aurait le même PIB qu'un pays où ces 20 % d'emplois (dont les effets sur le bien-être s'annulent) seraient consacrés à améliorer l'espérance de vie en bonne santé, les niveaux d'éducation et la participation aux activités culturelles et de loisir » (wikipedia)
PIB source de revenu public
Vu très sommairement, un gouvernement est constitué pour veiller au bien-être social et à la sécurité en confiant des fonctions spécifiques à chaque ministre Pour exercer ses fonctions cet exécutif a besoin de ressources, en d’autres mots d’un budget.
On considère aussi que le bien-être des citoyens dépend du PIB, c’est-à-dire de la richesse engendrée par la production nationale et répartie entre les acteurs économiques. S’appuyant sur la manne financière engendrée par le PIB, l’état va pouvoir prélever sa quote-part via des taxes diverses et ainsi financer sa gestion.
De là on en arrive à conclure que cet indicateur, le PIB, est le fruit de l’activité humaine. D’où la recherche du plein emploi. D’où la glorification du travail.
Si cette approche était cohérente jusqu’ici, dans un monde où les de travailleurs étaient pour la plupart manuels, est-ce encore la bonne réflexion aujourd’hui.
Partons d’une hypothèse qui, pour fictive qu’elle puisse être, n’est pas nécessairement absurde à long terme compte tenu de l’évolution technologique.
Imaginons une société dans laquelle l’entièreté de la production est réalisée par des robots, laissant ainsi les citoyens totalement inactifs, donc sans revenu ni pouvoir d’achat. Or pour équilibrer le marché, cette production doit être consommée.
Pour pallier à cet imbroglio, considérons alors qu’une autorité alloue à chaque citoyen un droit à consommer cette production et lors de l’achat de biens acquis grâce à ce droit, un prélèvement fiscal est effectué et permet d’alimenter le système de répartition et les moyens de financer les fonctions régaliennes de l’état, c’est le tax-shift intégral.
Dans ce montage théorique, le PIB est réalisé autrement, mais il l’est effectivement et aucun travail humain n’a été nécessaire. Les taxes ont été prélevées uniquement lors de la consommation et non plus sur le travail humain disparu mais les ressources de l’état sont assurées.
Je veux montrer par là que le travail n’est pas le paramètre unique de l’économie.
Le Travail
La malédiction
« tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Tout serait parti de là : dieu aurait puni l’homme en le condamnant à travailler. Toutes les générations qui ont suivi ont accepté ce verdict d’autant plus qu’il coïncidait aux contraintes de la vie. La révolution industrielle n’a fait qu’en intensifier la sévérité en privilégiant l’intérêt de certains plutôt que le bien-être général.
Pour le stigmatiser, on peut reprendre un extrait de Rerum Novarum, l’encyclique du pape Leon XIII, conscient de cette situation qu’il fustige en 1888 :
« Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Eglise, elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d'une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires.
Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d'un chacun doivent être communs à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l'Etat. Moyennant ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents.
Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier en esclave; il est juste qu'ils respectent en lui la dignité de l'homme, relevée encore par celle du chrétien. Le travail du corps, au témoignage commun de la raison et de la philosophie chrétienne, loin d'être un sujet de honte, fait honneur à l'homme, parce qu'il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user de l'homme comme d'un vil instrument de lucre, de ne restituer qu'en proportion de la vigueur de ses bras.. ».
Depuis l’encyclique, le monde a changé, progressivement l’homme s’est un peu affranchi de cette corvée et de ce servage, mais apparemment son mental est resté le même et il continue à ressentir le joug originel.
Au-delà de la malédiction ancestrale, le travail aujourd’hui s’est installé comme un paramètre de la gouvernance politique. Alors que le régime soviétique a vécu, certains états de l’Est continuent à instaurer un chômage quasi nul en organisant un travail parfois inutile, souvent peu performant. Cela constitue une manière très facile de contrôler le peuple.
L’utilité du travail
Serait-ce si absurde de conclure avec Albert Jacquard que le travail n'est pas une valeur mais que seul le travail utile pour la société est une valeur.
Bref, il manque à ce concept brut des conditions importantes. : « pour autant que cet emploi ne détruise pas le bien-être général. » et mieux « Pour autant que ce travail s’inscrive dans une vue d’amélioration de la société, dans le respect des ressources naturelles »
Illustrons le propos par quelques exemples des absurdités rencontrées.
Dans les années 30, pour atteindre le plein emploi, Keynes suggérait, dans une phrase célèbre, d'embaucher des chômeurs pour creuser des trous le matin, et les reboucher le soir.
Les cigarettiers engrangent un volume d’emploi énorme, au détriment de la santé publique. Il y quelques décennies, ce fut le cas pour les producteurs d’amiante.
Quand on observe la procession surréaliste de navetteurs aux heures cruciales de la journée, on peut se poser la question de ce que vont faire ces gens. Rejoindre un bureau pour traiter des dossiers qu'ils auraient pu traiter par télétravail avec un coût moindre pour l'écologie avec des pertes de temps inutiles. Pousser à la vente de produits dont nul n'a besoin. Est-ce cela le bienfait du travail ?
Mais toutes ces activités rarement utiles souvent futiles, parfois néfastes sont nécessaires pour poursuivre le schéma du plan emploi dieu salvateur du budget de l'Etat.
Qualité du travail
On peut parfois se demander pourquoi la caissière du supermarché ou le travailleur à la chaîne accepte un type de travail peu motivant et pourquoi si longtemps. Est-ce par vocation ou parce que la société est ainsi faite qu’une fois installé, on demeure là où on est.
Or dans la vie professionnelle, d’autres n’ont de cesse, une fois bridés dans une fonction, d’en chercher une autre ou, mieux, de promouvoir leur projets en devenant leur propre maître.
Je pense que la réponse de la caissière ou du métallo peut être de deux natures : soit « je suis satisfait et je ne veux pas mieux parce que cela ne m’intéresse pas », soit « l’offre d’emploi est aujourd’hui aléatoire et en attendant mieux, je dois passer par là ». Dans le deuxième cas, l’employé peut espérer émerger par une promotion interne, ou chercher une meilleure opportunité mais avec quel danger.
Un autre aspect de la qualité du travail, c’est la relation patron et ouvrier, qui à entendre Olivier Besancenot, relève toujours d’un rapport entre maître et domestiques.
Cette relation est moins ressentie lorsque le contractant est indépendant puisque le contrat qui les lie stipule « qu’il n’y a entre eux aucune relation de subordination ». Il est clair que plus l’emploi est noble ou évolué, plus le dialogue est équilibré et le travail apprécié.
La soumission au système
(JM Ferry) « Contrairement aux préjugés sceptiques plus ou moins élitaires, la grande masse des individus désire travailler, désire s’insérer socialement, désire être acceptée et reconnue par la communauté. Seulement, la structure et le nombre des offres du marché sont limités. Cette limitation du marché de l’emploi n’est pas seulement quantitative ("Il n’y a pas de travail !") ; elle est aussi qualitative : il existe un gouffre, un abîme entre ce que les jeunes gens, spontanément, désireraient faire dans le monde social et ce qui leur est proposé.
Ils doivent se plier à des profils de poste définis en fonction de besoins de qualification sélectifs, de plus en plus déconnectés des contextes culturels, tandis que cette définition du "socialement utile" est largement le monopole des groupes privés et de la puissance publique. Mais les individus n’ont pas part à la définition de l’utilité sociale des activités économiques. »
L'autre embûche qui empêche de réformer c’est l’immobilisme social et son mythe du «droit acquis ». Je me souviens des réactions d'un analyste financier allemand qui, lors d’une conférence, concluait "vous vous focalisez en Belgique sur les droits acquis mais pour moi il n'y a qu'un droit acquis c'est celui de mourir un jour". L’enjeu important est celui de convaincre à l’efficacité d'un système différent.
Il y a dans la nature humaine à la fois une composante de suivisme et un désir de liberté. Dans chaque individu le dosage est particulier. Le premier élément s’est trouvé dans l’histoire sous différentes formes c'est la dépendance de l'esclave au maître, du vassal à son Seigneur, de l'ouvrier à son patron, du fidèle à son dieu.
Ce type de relation amène à des situations équivalentes, ce sont les horaires cadencés, les vacances bien réglées, la hiérarchie à respecter. Cela génère une inertie souvent néfaste qui empêche de s’adapter : C'est le refus du télétravail, la peur d’entreprendre un travail indépendant, l’enchevêtrement des règlements de travail,.
Dans un univers professionnel qui change, beaucoup arriveront en terre inconnue peu préparés pour s’adapter à une nouvelle donne.
La mécanisation, évolution probable
P Jorion « Dans la pratique le travailleur remplacé par un automate ou un ordinateur est remercié et son espoir trouver un jour un emploie va diminuant au fur et à mesure que la technologie progresse; sitôt remplacé la machine travaille uniquement au profit des actionnaires et des patrons de l'entreprise ».
Prédire l’avenir est impossible mais la rapidité du changement aujourd’hui est tellement perceptible qu’on peut estimer un futur économique et social très différent. L’emploi de masse aura diminué. La longévité de l’entreprise sera écourtée et sa forme initiale sera modifiée engendrant des licenciements plus fréquents et une évolution des méthodes.
Uber aura progressé et bouleversé les conventions. Après la controverse juridique activée par ses sous-traitants qui contestent leur statut d’indépendants pour bénéficier de la protection de salariés et se retrancher derrière une législation courtelinesque, Uber prépare une réplique magistrale : la voiture autonome. Adieu l’emploi.
Philippe Dessartine estime que 60 % des métiers qui auront cours dans 10 ans sont aujourd’hui inconnus. Le travail salarié ne sera probablement plus la norme privilégiée.
(P. Van Parijs) Ce n’est pas affirmer qu’il n’y aura plus de travail, c'est plutôt affirmer qu'il n'y aura pas de travail décent pour tout le monde si nous n'avons pas l'intelligence et le courage de moderniser radicalement nos systèmes de protection sociale, précisément en les pourvoyant de ce socle que serait l'allocation universelle.
La formation
Dans beaucoup de métiers la formation scolaire ne peut être que relative. Elle est indispensable pour inculquer les connaissances de base, elle doit surtout apprendre à apprendre.
Si on considère les technologies innovantes, l'école est bien incapable de former puisque celles-ci sont trop pointues que pour être enseignées ou elles évoluent de telle manière qu’au moment d'entrer sur le marché, l'enseignement que le candidat aura reçu est déjà dépassé.
L’entreprise qui recrute pour mettre en œuvre un procédé innovant est souvent la seule à connaître ses formules d’où la technique ne peut être enseignée que par elle-même.
Travail indépendant ou salarié
La pièce maîtresse du puzzle est le travail salarié. Il y a comme un tabou qui interdit de toucher à cette sacro-sainte disposition qui aurait existé de tous temps. Mais si l’on compulse un peu l’histoire sociale « N'oublions pas que, jusqu'en 1930, en France mais également dans nombre de pays développés, la forme d'emploi dominante était le travail indépendant ( Denis Pennel) ».
Certains économistes nous dépeignent le salariat de manière peu élogieuse « Pour Taylor, la cause est entendue : les salariés n’ont aucune autre motivation qu’en faire le moins possible pour toucher leur salaire, et il faut donc morceler et contrôler pour que le résultat soit néanmoins au rendez-vous. .. Il faut dire que, depuis au moins la seconde moitié du XXe siècle, l’enjeu n’est plus seulement de capter la force physique des travailleurs, mais leur intelligence.
Mais la problématique reste la même : obtenir des salariés une meilleure productivité, en “pensant à leur place”, même si on commence à prendre en compte leurs suggestions… «Si de tels efforts sont nécessaires pour tenter de développer la productivité des salariés, cela n’est-il pas un indice de cette “aliénation” (Jacques Arnol-Stephan) ».
Vu de manière moins sinistre, l’emploi constitue le lego industriel par lequel les entreprises vivifient une région par les rémunérations aux travailleurs et l’apport fiscal aux structures publiques. Il constitue la composante principale du PIB. Il est la raison d’exister des syndicats. Quelle gageure que de vouloir ébranler ce monstre !
Une certaine utopie voudrait que l’on conçoive une économie où chacun développe ses propres compétences et ne reste pas un être asservi à l’un ou l’autre employeur. « Il est une activité humaine qui sollicite cette autonomie, cette dextérité intellectuelle, tout en contribuant à les développer, dans un véritable cercle vertueux. C’est la décision. Et quelle est une des différences majeures entre un salarié et un “indépendant”? Justement, le champ de la décision (Jacques Arnol-Stephan) ».
Le nouveau refrain serait-il alors le travail indépendant ? Ce n'est pas évident car beaucoup de professions continueront à embaucher des appointés. Sauf que, à l'exception des services publics, le salariat privé sera de plus en plus précarisé et il paraît inévitable que pour pallier à l’aléa d’une rémunération devenue incertaine un revenu de base est indispensable. Celui-ci devrait être à la charge de l'État mais rester supportable mais aussi inciter les bénéficiaires à participer au besoin commun.
Autre conséquence : à partir du moment où une allocation compense le manque à gagner individuel le temps partiel peut être acceptable d'autant plus qu'il permet de mieux partager le travail disponible.
Place alors à l’indépendant ? Cela suppose notamment que le gouvernant stimule l'esprit d'entreprendre, réglemente les normes à respecter mais diminue les contraintes administratives, garantisse une sécurité sociale égale pour tous, suggère des pistes d’activité par la création de bases de données compilant les filières potentielles, mais surtout mette en place une formule garantissant un minimum de ressources
Et sans doute alors le statut d’indépendant bénéficiera d’un meilleur attrait.
L’Allocation Universelle (AU)
L'allocation universelle consiste à attribuer à chaque citoyen, quelles que soient ses autres ressources, un revenu mensuel inconditionnel lequel vient s'ajouter aux autres revenus éventuels dont il bénéficie.
Le but premier est d'assurer un minimum vital à tout citoyen en remplaçant les nombreux types de subsides sociaux, lourds et discriminatoires par un revenu inconditionnel plus sécurisant, applicable à tous.
Des corollaires en découlent : celui de simplifier au maximum les structures administratives et enfin de doper l'économie par un effet mobilisateur sur l'activité des travailleurs potentiels.
L’apport de l’AU
« Un jour, il n’y aura plus de travail, tant mieux on pourra faire autre chose » (Albert Jacquard).
Il est improbable que la société décrite par Albert Jacquard soit pour demain, mais la tendance est réelle et cela soulève des interrogations sur la nature du travail qui subsistera et les personnes impactées.
Pour apprécier concrètement les conséquences le système l'AU, mettons-nous dans les conditions des individus concernées .
Filet de sécurité (Chômage, accident, entreprise)
« En ce qui concerne les chômeurs, il y a bien des cas dans lesquels accepter un travail ne serait pas seulement absurde, mais simplement une option qu'ils ne peuvent pas se permettre. »
En effet, aujourd’hui, tout nouveau travail fait perdre l’allocation. Mais nous avons vu que l’AU s’ajoute aux revenus, (PVP) « le versement régulier et sûr de l'allocation ne s'interrompt pas lorsqu'on accepte un travail, comme c'est le cas dans un système standard avec contrôle des ressources. Comparé à des systèmes avec contrôle des ressources garantissant le même montant de revenu minimum, cela ouvre de réelles perspectives pour des pauvres, qui ont de bonnes raisons de ne pas prendre de risques. Cela revient à supprimer un des aspects de cette ornière du chômage, qui est le corrélat ordinaire des systèmes classiques d'allocations, un aspect auquel les travailleurs sociaux sont souvent bien plus sensibles que les économistes.».
La conséquence est que l’inactivité n’est plus aussi pénalisante, soit qu’elle découle du chômage, de la maladie ou d’un choix de vie puisque le citoyen jouit d’une protection minimum. Le demandeur d’emploi peut ainsi se donner le temps de mieux choisir son entourage professionnel. Alors que le licenciement devient moins dramatique, l’état d’esprit est aussi plus serein.
Le filet de sécurité peut favoriser la volonté d’entreprendre, d’être protégé en cas d’accident d’entreprise ou de risque pour l’entrepreneur qui démarre. Le travailleur potentiel peut davantage oser le statut d’indépendant.
(wiki) « En réduisant l’incertitude sur les revenus futurs, l’allocation universelle jouerait selon certains de ses partisans comme un filet de sécurité favorisant la prise de risque individuelle, et le lancement dans des projets non-rentables à court terme. Cette situation entraînera une évolution de la relation contractuelle entre les salariés et leur employeur, plus aucun salarié n'étant dans la situation de devoir accepter n'importe quel emploi pour gagner de quoi vivre : les salariés peuvent plus librement négocier leur contrat, ce qui conduirait à la suppression des « mauvais emplois ».
(Pvp) Économiquement, cette modification du coût d'opportunité entraînerait la réduction de l'offre de travail (c'est-à-dire de la quantité de personnes, qui, au sein de la population en âge de travailler, souhaitent travailler), et donc la diminution du niveau de PIB. La conséquence directe est que les demandeurs d'emplois seraient moins en compétition, pourraient trouver plus facilement du travail et seraient plus en position de force, voire à égalité, dans les négociations avec le patronat.
(JM Ferry) L’Allocation universelle pourrait faire connaître le droit au travail, non pas comme une hypocrisie de l’État social mais comme une liberté de choisir son activité et de contribuer à la définition de l’utilité sociale ou socialement reconnue des activités (une liberté positive, par conséquent). Face à l’étau classique : soumission au marché, d’un côté, assistance de l’État, de l’autre, l’Allocation universelle assied, en effet, l’autonomie substantielle des individus. Grâce à un droit inconditionnel au revenu, ceux-ci renforceraient par là même leur position pour la négociation du contrat de travail, c’est-à-dire leur action face au marché, tandis que, face à l’État, ils n’auraient plus à se plier aux conditions particulières d’obtention de subsidiations sociales.
La pénibilité
Un autre aspect est la pénibilité. Le travail dans les mines, dans la sidérurgie, le travail à la chaîne, s’il n’est pas évitable, il doit être cadré. C’est là encore que l’allocation d’un revenu peut jouer dans la loi de l’offre et la demande. si les demandeurs d’emploi reçoivent l’AU, le choix du travail en sera concerné : le travail pénible ne sera pas occupé à tout prix mais l’offre et la demande les rendra moins attractifs et provoquera sa réforme, par exemple la robotisation ou son abandon.
L'intérêt psychologique de l’AU permet aussi de mieux rémunérer les travaux encore nécessaires dans un univers mécanisé. Pour un travail pénible, l'offre et la demande pourront jouer leur rôle obscur et favoriser un juste salaire. En effet le prestataire pourra mieux marchander ces travaux ingrats puisqu’ils deviennent moins indispensables pour boucler son budget.
Le Chômage
Un autre avantage plus collectif résulte de la réduction possible du temps de travail. Grâce à l’AU le pouvoir d'achat du salarié est atteint avec un nombre d'heures moindre, lui permet donc de prester moins, laisse à l’entreprise l’occasion de répartir la charge sur plus d’exécutants et de procéder à l'embauche.
Inactivité choisie
(wiki) Une proportion plus ou moins grande de la population déciderait que l'allocation universelle leur suffit et cesserait de chercher un emploi, favorisant ainsi le temps libre et les activités artistiques, philosophiques voire scientifiques, ainsi que le bénévolat. Cela permettrait également, puisque travailler est une contrainte moins forte, une réduction du temps de travail pour ceux qui le souhaitent et une mise en valeur des horaires réduits.
En ce qui concerne l’entreprise
Même lorsqu'elles ne sont pas contraintes par un salaire minimum légalement prescrit, les entreprises n’ont guère intérêt à offrir des emplois dont la rémunération nette est inférieure (ou guère supérieure) au niveau des revenus de remplacement, et cela même au cas où ils trouveraient acquéreurs. Pourquoi? Parce qu'elles savent bien qu'avec une telle rémunération, les travailleurs seront généralement peu motivés à travailler avec assiduité et diligence.
En réponse à cette tendance, le complément de revenu offert par l'allocation permettrait aux employeurs de diminuer les bas salaires, ce qui en fait une subvention du travail peu qualifié.
En ce qui concerne l’état
Beaucoup d’éminents économistes prophétisent à court terme une mutation profonde de l’univers socio-économique mais aucun n’en précise la nouvelle forme, aucun surtout ne suggère un autre type de gouvernance. Ils pronostiquent tout au plus que ce changement sera la résultante d'une société de plus en plus mécanisée où le recours quasi obligé à l’AU est évoqué.
Pour objectiver l'impact d'un pareil bouleversement, on devrait donc considérer l'hypothèse d'une société où le nombre de sans emploi a explosé. On en vient alors à réfléchir sur la notion de travail et de conclure d'une manière un peu brutale que le travail n'est pas finalement un bienfait social mais avant tout une base de revenu pour l'état. Observons, en effet, comment le système actuel s’en est accaparé : si nos gouvernants souhaitent tellement atteindre le plein emploi c'est notamment pour se constituer une assiette fiscale rentable. Cette assiette ayant disparu, on peut néanmoins faire confiance à l'ingénierie fiscale pour trouver de nouvelles ressources.
l’AU peut remplacer les allocations actuelles en autorisant une plus grande souplesse. Si les allocations aux chômeurs, les pensions, l’aide aux défavorisés, les allocations familiales étaient ainsi remplacées par un revenu unique et inconditionnel, les rouages devraient en être considérablement allégés. On pourrait alors sortir du fatras de lois, de réglementations, de discussions et l’efficience en serait meilleure.
Considérons les conséquences sur la consommation des individus. Pour les actifs, le même pouvoir d'achat peut être atteint en le combinant au salaire tout en réduisant leur activité. Mais d'autres, exclus jusqu'alors, bénéficient maintenant de ressources.
Quel est impact au point de vue du budget public ? On peut estimer une augmentation des recettes TVA. En effet, grâce à plus de pouvoir d'achat pour les bas revenus, la consommation augmente. La propension à consommer est aussi positive, en effet, si un revenu est garanti à terme, l’acte d’épargner est moins nécessaire.
L’état devrait réorienter ses choix. (Pvp) « La seule stratégie réaliste consiste dès lors à réorienter une part de nos systèmes de transferts sociaux de l'indemnisation de l'inactivité vers le soutien d'activités par exemple peu qualifiées et/ou impliquant une bonne dose d'apprentissage et/ou dans l'économie sociale dont la productivité immédiate est insuffisante pour pouvoir en vivre ».
Un autre aspect encore concerne les lois sociales, le travail de proximité et le télétravail. Nombre de postes peuvent être exécutés en télétravail. Cela soulève le problème absurde du mode de rémunération. Comptabiliser et donc valoriser le travail à la présence dans un bureau alors qu’un accord à la tache pourrait être conclu, évitant les files de véhicules interminables des cols blancs.
Le Surfeur de Malibu
Un autre enjeu social que va générer le AU, c'est la tendance a rester inactif si au revenu minimum est assuré. Croire en la tendance naturelle de l'homme pour s'insérer bénévolement dans des activités utile me paraît douteux, surtout s'il a perdu le sens de l'altruisme.
Ce bénévolat a existé au cours des guerres, au cours d'une reconstruction mais surtout parce que l'État l’a incité : Cela a été le rôle du service militaire par les objectifs qui y était enseignés par la discipline qui poussent à la réalisation des objectifs. Reste aujourd'hui l'école, les mouvements de jeunesse est-ce suffisant pour motiver.
(Alain Wolfesperger) C'est ici que nous touchons à l'immoralité foncière du projet d'Allocation Universelle. Le principe de réciprocité n'est pas le produit d'une spécificité culturelle, par exemple, des sociétés marchandes ni la traduction d'une morale particulière. Si le mot "sens moral" a un contenu c'est surtout à cause de lui. On le retrouve dans toutes les sociétés humaines et même dans certaines sociétés animales. C'est le principe constitutif du lien social entre personnes non apparentées et il existe d'excellentes raisons de penser qu'il a un fondement biologique du fait de ses avantages d'un point de vue évolutionniste.
(Wiki) Sur un plan plus moral, cela pose le risque d'institutionnalisation d'une culture de paresse et la remise en cause de la valeur travail. Les opposants à l'allocation universelle arguent ainsi que chacun a le devoir de contribuer dans le cadre de ses possibilités et aptitudes personnelles au bien-être de la société, et voient dans l’allocation universelle, si elle est trop élevée, une exhortation à l’inactivité et à l’égoïsme. Certains libéraux jugent donc immoral le concept de revenu versé sans réciprocité.
Les partisans de l'allocation universelle plaident en faveur de la prise en compte des activités non-professionnelles (bénévolat, développement individuel, création artistique, philosophique… qui selon eux prendraient part au développement collectif) dans la notion de progrès de la société.
Selon eux, la société aurait tout intérêt à parier sur la participation des individus à son progrès en leur libérant du temps pour leurs activités personnelles et en leur garantissant les moyens de subsister, considérant que l'activité salariée n'est pas tout dans l'évolution de la société.
Les mécanismes
Partant de l’hypothèse d’un droit donné à tous de disposer de ressources, à savoir la distribution d’un revenu de base, il importe alors de définir quel en serait le niveau d’allocation pertinent en fixant les paramètres nécessaires.
Si le fait de recevoir un revenu même modeste constitue un filet de sauvetage encore faut-il que le montant en soit suffisant. Et le premier dilemme se situe entre un niveau décent et la réponse à l’argument suivant : Un revenu attribué sans contrepartie est éthiquement inacceptable car il ne motive pas à rechercher un emploi. Il faut donc choisir un juste milieu. Trop bas, il est inefficace, trop élevé il donne raison aux puristes.
Le second dilemme montant et la charge financière pour l’état : l’attribution d’un revenu mensuel de mille euros coûterait annuellement plus de cent milliards à l’état. Si la somme est supportable lors des années fastes, ce n’est plus vrai en temps de crise. Le phénomène a été observé en Alaska qui bénéficiait des revenus du pétrole mais qui a dû réduire son budget alors que les cours du pétrole étaient en baisse.
Un autre paramètre à prendre en compte est le gain administratif obtenu par l’abandon des conditions d’octroi imposées aujourd’hui. Si l’attribution d’un AU est automatique, plus besoin d’une administration lourde pour gérer le social. Mais selon le niveau acceptable pour ces critères, va se poser le principe des droits obtenus dans la réglementation actuelle.
Si le AU est élevé et supérieur aux aides conditionnelles, personne ne s’opposera à recevoir plus. Inversement si le AU est bas, il faudra gérer le différentiel de l’ancienne allocation avec le AU et l’avantage administratif disparaît.
Le dilemme politique est de définir le niveau souhaitable et il importe au dispensateur d’allocations de gérer ses paramètres : couverture sociale, coût pour l’état, incitant à la recherche d’un travail.

Pour aller plus loin dans la réflexion, essayons de voir quelle formule conviendrait au calcul d’un niveau d’AU déterminé et d’approcher le différentiel par rapport au budget actuel soit Δb.
NB = nombre de citoyens
AU = montant de l’AU
M1 = montant des allocations individuelles attribuées par les cpas
M2 = montant des allocations de chômage etc (Mn)
t = taux de taxation en IPP ajusté à la tranche du revenu du travail + AU
Adm0 = charge administrative actuelle
Adm1 = charge administrative estimée si l’aspect conditionnel disparait
Rt = revenu du travail de citoyens actifs
L’exercice suivant consisterait à calculer pour une hypothèse d’AU donnée quelle serait le différentiel budgétaire par rapport à la formule du budget aujourd’hui soit
B0 = ∑ M1 + ∑ M2 + .. + Adm0 et évaluons
NB×AU
L’allocation étant universelle, la dépense est donc le niveau d’allocation AU multipliée par le nombre de citoyens arrondi à 11 millions.
Par exemple dans le cas d’une AU=100, la dépense serait de 1,1 milliard € par mois soit 13,2 milliards par an.
∑ ((Mn-AU) if Mn>AU)
Il s’agit du principe selon lequel les allocataires conditionnels ne toucheront que la différence entre AU et leur allocation actuelle.
Le « saving » ne peut être calculé au départ de la masse globale car le différentiel est particulier à chaque individu. Chaque bénéficiaire du revenu n’acceptera l’AU qu’à partir du moment où elle est supérieure à son allocation actuelle.
Adm0-Adm1
Il s’agit du gain en ressources administratives dû à la disparition des conditions d’octroi. Vu les réticences individuelles et syndicales, cette différence entre la masse salariale actuelle (Adm0) et la masse salariale réduite (Adm1) relative à l’administration du système risque d’être difficile à évaluer. Elle sera nulle si l’AU est basse car chaque allocation conditionnelle sera conservée et le travail restera le même.
∑( t(Rt+AU)×AU)
Dans le cas des personnes percevant un revenu du travail, l’injection d’une AU additionnelle fera augmenter le revenu taxable à l’IPP. La différence entre l’ancien revenu et le revenu augmenté sera taxé au taux de l’IPP dans la tranche fiscale atteinte par le nouveau revenu. Imaginons 40% soit 40€ qui seraient alors retournés à l’état.
Notre différentiel (surplus budgétaire) se présenterait alors sous la forme de
Δb = (NB×AU) - [∑ ((M1-AU) if M1>AU)+ ∑((M2-AU) if M2>AU)+…] – (Adm0-Adm1) - ∑( t(Rt+AU)×AU)
Essayons de synthétiser trois hypothèses de niveau de l’AU (allocation universelle) et d’en tirer certaines conclusions.
Si l’AU est élevée, la charge pour la collectivité est importante, mais comme elle est supérieure à toutes les aides conditionnelles, personne ne s’opposera à recevoir plus. Administrativement plus rien n’est nécessaire puisque tout citoyen reçoit automatiquement la même chose.
Inversement si l’AU est basse, il faudra gérer le différentiel de l’ancienne allocation avec l’AU. La charge administrative reste la même.
Pour moi, il importe au dispensateur d’allocations de gérer ses paramètres : couverture sociale, coût pour l’état, incitant à la recherche d’un travail.
Mise en œuvre d’un système d’Allocation Universelle
L'allocation universelle a été abordée la plupart du temps à travers d'arguments émotionnels qui ont montré, à profusion, le bien-fondé de ce système. Mais sa mise en application est restée cependant très souvent assez vague.
Les contradicteurs se sont généralement focalisés sur deux éléments : le coût énorme que cela représenterait pour l'État et sur l’aspect éthique car attribuer un revenu sans travailler parait, à leurs yeux, asocial.
J'ai répondu au dernier argument en relativisant la valeur travail et en proposant un triple paramètre à l'application, à savoir : être compatible avec un budget communautaire, être suffisant pour aider des citoyens en difficulté, mais ne pas être excessif pour que le travail rémunéré reste un objectif pour tout citoyen.
Le modèle qui me paraissait le plus conciliable avec ces contraintes était celui de génération libre évoquant un système Liber/Libertax impliquant qu’il n'y a pas d'allocations sans une cotisation.
Pour schématiser la manière de concevoir un système comme celui-là, imaginons un groupe de 3 personnes typique de différents statuts socio-professionnels

Appliquons leur un principe de fonctionnement semblable à un système assurantiel dans lequel un prélèvement fixe de 10 % sur les revenus (flat tax) alimente une cagnotte à répartir. Dans notre exemple, les cotisations cumulées des 3 participants s’élève à 900 €. Le nombre de participants s’élevant à 3, chacun recevra donc 300 €.
Impact social
Vu sous l’aspect de la contribution individuelle, le participant le plus défavorisé A recevra le montant intégral de l’allocation, B un peu moins et le plus favorisé C sera le contributeur le plus important, soit une participation de 500 €.
Le résultat observé au point de vue social est que l’on assiste ici à une égalisation des revenus réclamé par de nombreux interlocuteurs et surtout que les personnes sans revenu reçoivent une aide.
Régulation du système
Mais pour éviter que cette répartition ne devienne arbitraire, il faut assigner au système trois objectifs stratégiques.
- Cette répartition doit rester financièrement supportable pour le groupe,
- Cette allocation doit être suffisante pour permettre au moins favorisé de survivre
- Cette allocation doit rester incitative à s’intégrer dans un monde actif.
Pour cette raison, le taux, actuellement de 10 % doit être modulable, remplacé par une variable X et il appartient au gestionnaire social de réguler ce paramètre.
Posons aussi le principe selon lequel les bénéficiaires de revenus conditionnels ne toucheront pas plus avec l'AU que ce qu’ils reçoivent aujourd'hui, sans devoir cotiser.
En effet, les aides sociales constituent déjà une allocation que la communauté alloue à différents groupes dans une situation précise et négociée socialement car l’effort communautaire n’est pas illimité, mais d’autre part, le revenu du travail doit être valorisé.
Fonctionnement pratique
Allons plus loin dans la mise en œuvre de cette application.
Deux paradoxes apparaissent aussitôt :
- D’une part, alors que le montant de la cagnotte constituée ne sera connu qu’en fin d’exercice, il est évident que pour être acceptable l’allocation doit être attribuée avec une fréquence mensuelle aux bénéficiaires pour qui celle-ci constituera pour certains le principal revenu de subsistance.
- D’autre part, comment déterminer aujourd'hui le revenu des contributeurs, socle de la cagnotte? Selon la conception du fisc, celui-ci est connu lors de la déclaration fiscale au cours de l’année suivante. On doit donc se baser sur un montant estimé de recette mensuelle moyenne et qui sera corrigé ensuite.
La solution la plus logique consisterait alors de partir des revenus imposés de l'année antérieure divisé par 12 et de prévoir une régularisation fin d'année lors de la déclaration annuelle des impôts.
Par ailleurs, d'autres phénomènes peuvent intervenir en cours d'année (décès, expatriation, naissance) il faut à ce moment-là interrompre/initier la cotisation et régulariser la situation ensuite.
Une autre source devrait logiquement alimenter la cagnotte : les autres allocations que l’AU remplace. Puisque l’allocation inconditionnelle remplacera d’autres allocations conditionnelles, celles-ci seront censées enrichir la cagnotte.
Enfin, il faut porter à l’actif de ce système, largement simplifié, le fait que des fonctions administratives doivent disparaître, à savoir la gestion de la conditionnalité. Quoi de plus normal que de faire bénéficier la cagnotte de cette économie.
A partir de ce descriptif, on constate que le système devrait mettre en œuvre plusieurs sources de données à savoir le fichier fiscal des participants, l'organisme de paiement de ceux-ci (les banques), les organismes d’aide sociale et les données de l'état-civil.
Dans un système tel que celui-là chacun est à la fois bénéficiaire de l’AU et débiteur de sa cotisation. D'une manière concrète on pourrait imaginer que chacun des participants à ce système soit nécessairement titulaire d'un compte bancaire sur lequel il autorise une instruction permanente gérée par un algorithme qui détermine le montant à prélever/recevoir.
Prototypage
Essayons d'improviser un système avec sa technique, sa structure, sa hiérarchie pour articuler ce qui vient d'être proposé.
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Les paramètres généraux doivent être géré par le politique il aurait à définir le taux de prélèvement et disposer des éléments lui permettant d’anticiper l’impact de ses décisions.
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La base de donnée des cotisants bénéficiaires s'apparenterait au fichier fiscal va permettre de définir le montant de la cotisation à prélever chaque mois.
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Le fichier bancaire va concrétiser l’opération en prélevant et/ou allouant chaque mois ce qui va mouvementer le compte des allocataires.
Examinons quelques cas d’espèce :

Pour fixer le montant mensuel de leur cotisation, l’assiette que représente leur revenu de l'année antérieure est connue de l’administration fiscale et va servir de base au calcul de leur cotisation mensuelle, en appliquant un indice qui pourrait être variable d'année en année.
L’exemple du dernier participant C est celui d'un enfant qui naît ou celui d’une personne sans revenu dans l’année 0. Le fait de les faire bénéficier d'une allocation engendrera l'année suivante une base de revenus, lui-même soumis à cotisation l’année suivante.
En ce qui concerne le bénéficiaire B, il quitte la communauté en cours d’année (décès, expatriation). Outre sa régularisation, il faut aussi noter que ce départ réduira l'année suivante le nombre de bénéficiaires.
Un autre intervenant à considérer est l'état. Comme le principe de ce système est de respecter la situation d'aujourd'hui, l'état aura réduit les allocations conditionnelles du montant de l'AU, le montant ainsi récupéré devrait logiquement être retourné à l’enveloppe de l'AU.
Compte tenu du mécanisme qui a été appliqué, on voit dans cet exemple que le montant individuel de l’allocation est variable d'année en année. Pour éviter ce phénomène les variables d'ajustement sont soit le taux de cotisation qui doit être revu annuellement ou le montant versé par l'État. Mais ceci est une décision politique. Rappelons la décision de l'état d'Alaska qui a réduit le montant des allocations lorsque la manne financière qui le soutenait, à savoir le pétrole, a vu son cours chuter.
Essayons de dégager l'intérêt d'un système comme celui-là.
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Il se déroule à l'intérieur d'un groupe qui assure son propre financement. Il ne représente donc aucune charge pour l'État.
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Il permet l'expérimentation à un niveau réduit au départ d'une population limitée, celle d'une commune ou d'une région, avant de l’appliquer à un niveau plus étendu.
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Une fois le groupe défini, l’autorité peut affiner les paramètres à appliquer. Mais surtout de couvrir l'entièreté d'une population sans tenir compte de critères sociétaux, contrairement à des systèmes limités à un groupe d'âge ou à un groupe de chômeurs (Finlande).
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L'utilisation d'un taux variable va permettre d'adapter l’allocation aux ressources du groupe, à la définition sociale que l'on veut lui donner : aide importante contre incitant à travailler.
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Par le biais d’un taux de cotisation choisi, le modèle permet d’assurer une certaine égalisation des ressources.
Conclusions
Les suggestions qui précèdent ont-elles des chances d'aboutir un jour ?.
En ce qui concerne l’allocation universelle, on a vu des essais timides en Finlande en Hollande. Le malheur veut que pareils essais ne sont pas significatifs, parce qu'ils couvrent un échantillon trop ciblé de la population, alors que le système final devrait être universel.
D'autre part on sent dans la conduite de l'essai un scepticisme à la base. On n'a pas créé l'infrastructure nécessaire pour obtenir un test réel, à savoir un groupe géographique qui cotise et reçoit de manière inconditionnelle.
En plus, l'allocation universelle n’est qu'une pièce du puzzle : elle représente une solution sociale dans un monde qui a évolué et qui, grâce à la robotisation, pourrait retrouver une certaine liberté. Cette solution demande une réforme structurelle assez importante.
L'élément majeur de pareille réforme concerne le changement de mentalité, celle des mandataires qui doivent faire table rase de ce qui existe, c’est le blanc seing de l’UE, sans qui les critères économiques ne peuvent être modifiés.
Et plus encore en ce qui concerne l’UE, les instances doivent tempérer cette mondialisation excessive, écarter les lobbies, équilibrer les règles sociales communautaires plutôt que décréter la courbure des bananes, être le gardien de l’écologie.
Or, la gouvernance vit aujourd’hui sous la logique de l’événement immédiat ou de la rue. Il faut attendre l’émotion populaire pour agir.
Le politique reste figé dans ses symboles, que ce soit la lutte des classes, la mondialisation, les normes du travail, le pouvoir d’achat maximum (même si les moyens manquent). On ne trouvera jamais le juste milieu sauf si quelqu'un, une guerre ou une révolution n’y contraint.
On aussi évoqué d’autres phénomènes qui rendent sceptique, c'est l'inertie des masses, le poids des avantages acquis et de la limitation des mandats qui prive les décideurs d’un horizon d’action suffisant.
Pour surmonter ces obstacles, il faut surtout réformer les mentalités, aboutir à ce que l'homme-citoyen puisse raisonner, se mettre spontanément au service de la collectivité. Perdre cette esprit de tire-au-flanc.
L’état devrait renforcer son rôle d’éducateur qui incite à plus d’autonomie, de prise de risque. Philippe Dessartine inventait un slogan « apprendre à apprendre ». L’AU aide à oser. Celui qui échoue garde un filet de sécurité. Le service militaire aujourd’hui disparu aurait permis plus de discipline, d’audace, de rigueur. Il aurait sans doute mieux préparé la jeunesse à affronter ces aléas.
La réussite d’un projet dépend de la motivation qu’on y met. Il faut aimer le travail que l’on fait. Et pour être concret, aujourd’hui les belges aiment-ils leur travail ? Il suffit de constater les grèves à répétition pour apporter la réponse.
On observe que le travail devient plus motivant dès qu’on a éliminé le travail répétitif donc vive la mécanisation qui ne laissera plus à l’homme que le travail noble et donc nous rapprochera du modèle décrit plus haut.
Le débat entre le travail et le salaire devrait être vu d'une manière un peu plus sophistiquée entre des concepts plus fins et se décliner comme « travail bon pour la communauté » et répondre à la motivation de chaque citoyen vers une activité qu'il peut exercer selon ses souhaits et ses capacités.
Et ce dernier point n’est possible qu’à travers une motivation, une formation plus que par une obligation. Le service militaire représentait déjà un catalyseur de ce type. Faut-il le restaurer, le compléter ?
Cette nouvelle relation au travail coulera-t-elle de source ? Non si l’on en croit Mark Hunyadi dans le Vif :
« Notre rapport à l'argent est relativement implicite, naturel. On est né avec cette idée qu'il faut travailler pour gagner sa vie. Quand des affaires comme Publifin éclatent, ça thématise notre rapport à l'argent. Avec les débats autour de l'allocation universelle, on voit aussi les résistances. Cette allocation découple le travail du revenu. Le travail devient facultatif.
Or, gagner sa vie sans travailler est un tabou majeur de notre société, un non-dit immense. Le couple travail/rémunération nous paraît naturel mais il n'en est rien. Ce modèle date de l'industrialisation. Il est très récent. » .
