Travail et PIB

Par  une approche un peu particulière de certains sujets, on peut  relativiser   le mythe sacré qu’ils représentent. Et pour le prouver partons d’une fiction à peine utopique

On considère que le bien-être des gens dépend du PIB, c’est-à-dire de la richesse engendrée par la production nationale et répartie entre les acteurs économiques. Observant le volume d’affaires généré par le PIB, l’état va pouvoir prélever sa quote-part via des taxes diverses et ainsi financer sa gestion.

De là on en arrive à conclure que cet indicateur, le PIB, est .la résultante directe du taux d’activité de la population. D’où la recherche du plein emploi. D’où la glorification du travail.

Si cette  conviction était cohérente jusqu’ici, dans un monde où les de travailleurs étaient pour la plupart manuels, est-ce encore la bonne réflexion aujourd’hui.

Partons d’une hypothèse qui, pour fictive qu’elle puisse être, n’est pas nécessairement absurde à long terme compte tenu de l’évolution technologique.

Imaginons une  société dans laquelle l’entièreté de la production est réalisée par des robots, laissant ainsi les  gens totalement inactifs, donc sans revenu ni pouvoir d’achat. Or pour équilibrer le marché, cette production doit être consommée.

Pour pallier à cette faille, imaginons alors qu’une institution alloue à chaque citoyen un droit à consommer cette production et lors de l’achat de biens acquis grâce à ce droit, un prélèvement est effectué et permet d’alimenter le système de redistribution et les moyens pour financer les fonctions régaliennes de l’état.

Dans ce montage théorique, le PIB est réalisé autrement, mais il l’est effectivement  et aucun travail humain n’a été nécessaire. Les taxes ont été prélevées uniquement lors de la consommation plutôt que sur le travail humain inexistant mais les ressources de l’état sont assurées.

Je veux montrer par là que le travail n’est pas le facteur unique de l’économie. Par contre pour atteindre un niveau technologique à ce point évolué, il aura fallu de l’innovation, des compétences, des organisateurs clairvoyants.

L’hypothèse évoquée ci-dessus est excessive mais elle permet d’éclairer les conclusions et de suggérer des orientations dans des situations concrètes.

Parce qu’aucun emploi n’a été mis en œuvre, il est impossible de concevoir un revenu  issu du travail. Par contre un PIB important est créé et il est alors nécessaire que le pouvoir d’achat soit déclenché par une source différente à savoir le RDB.

Parce qu’aucun emploi n’a été mis en œuvre, la ponction fiscale ne peut s’effectuer sur base de salaires, elle doit alors s’exercer au moment de la consommation, à savoir par un tax-shift vers la TVA.

Parce qu’aucun emploi n’a été mis en œuvre, les chefs d’entreprise ont réalisé une production sans main d’œuvre, peut-être à moindre coût, et leur décision pourraient consister à intégrer ce produit au résultat interne. Ce faisant, ils amputeraient le marché d’une capacité à consommer cette production et paradoxalement la réduiraient à néant. Dans une économie fermée, il faut donc rendre au marché l’avantage de la mécanisation et non aux ouvriers remplacés comme évoqués par certains.

Dans notre hypothèse extrême que constitue la mécanisation complète de la production, le rôle du RDB est évident, mais dans le cas d’une situation hybride, associant main d’œuvre et automatisation, il est totalement masqué. Les acteurs politiques ou sociaux ont alors beau jeu de se réfugier derrière leur principes respectifs pour valoriser l’emploi, prôner des lois sociales sophistiquées, confondre plein emploi et PIB.

« Un jour, il n’y aura plus de travail, tant mieux on pourra faire autre chose » (Albert Jacquard).

Il est improbable que la société décrite par Albert Jacquard soit pour demain, mais la tendance est réelle et cela soulève des interrogations sur la nature du travail qui subsistera.

En adéquation  avec le modèle théorique décrit plus haut, l’état devra nécessairement adhérer à un système de RDB et dans cette hypothèse qu’est-ce que cela entraine ?

La première conséquence est que l’inactivité n’est plus aussi pénalisante, soit qu’elle découle du chômage, de la maladie ou d’un choix de vie puisque le citoyen jouit d’une protection minimum. Le demandeur d’emploi peut ainsi se donner le temps de mieux choisir son partenaire. Alors que le licenciement devient moins dramatique, l’état d’esprit est aussi plus serein

Le filet de sécurité peut favoriser la volonté d’entreprendre, protéger en cas d’accident d’entreprise ou de risque pour l’entrepreneur qui démarre. Le travailleur potentiel  peut davantage oser le statut d’indépendant.

On peut concevoir que le RDB peut remplacer les allocations actuelles en autorisant une plus grande souplesse. Si les allocations aux chômeurs, les pensions, l’aide aux défavorisés, les allocations familiales étaient ainsi remplacés par un revenu unique et inconditionnel, les rouages devraient en être considérablement allégés. On pourrait alors sortir du fatras de lois, de réglementations, de discussions et l’efficience en serait meilleure. 

Je me demande parfois pourquoi la caissière du supermarché ou le travailleur à la chaine accepte un type de travail peu motivant et pourquoi si longtemps. Est-ce par choix ou parce que l’homme est ainsi fait qu’une fois installé dans un emploi il cherche à s’y ancrer. Par contre dans la vie professionnelle, d’autres n’ont de cesse, une fois bridés dans une fonction, d’en chercher une autre ou, mieux, de promouvoir leur projets en devenant leur propre maitre.

Je pense que la réponse de la caissière ou du métallo peut être de deux natures : soit « je suis satisfait et je ne veux pas mieux parce que cela ne m’intéresse pas », soit « l’offre d’emploi est aujourd’hui aléatoire et en attendant mieux,  je dois passer par là ». Dans le deuxième cas, l’employé peut espérer émerger par une promotion interne ou chercher une meilleure opportunité mais avec quel danger.

Je considère que le RDB peut faciliter le changement  d’activité par l’effet « filet de sécurité » et ainsi optimiser les compétences. Permettre de catalyser le potentiel de chacun est  impératif pour construire une société plus performante.