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Plaidoyer pour l'Allocation Universelle, solution inexplorée
 
 
Jean-Marie Ghiot
 
 
 
 
 
 
 
La question de l'emploi et de la politique sociale est-elle considérée sous tous ses aspects ?.
A-t-on envisagé d'autres stratégies que les solutions traditionnelles. Avons-nous des idées
portables au niveau européen ?
 
Convaincu par les arguments des défenseurs de l'Allocation Universelle, j'ai collationné quelques idées de base à propos de ce concept et je les reproduis sous les sigles ou identités
 
 
 
PVP                  professeur Philippe van Parijs
Jean-Marc Ferry professeur Jean-Marc Ferry
Wiki                 différents textes libres trouvés sur Wikipédia
Marc de Basquiat sous le site allocationuniverselle.com
Alain Wolfesperger
 
 
 
 
 
 
 
1. Pourquoi l'Allocation Universelle
 
1.1 Le principe
 
L'allocation universelle consiste à attribuer à chaque citoyen, quelles que soient ses autres
ressources, un revenu mensuel inconditionnel lequel vient s'ajouter aux autres revenus
éventuels dont il bénéficie.
Le but premier est d'assurer un minimum vital à tout citoyen en remplaçant les nombreux
types de subsides sociaux, lourds et discriminatoires par un revenu inconditionnel plus sécurisant, applicable à tous.
Des corollaires en découlent : celui de simplifier au maximum les structures administratives
et enfin de doper l'économie par un effet mobilisateur sur l'activité des travailleurs potentiels.
Ces mécanismes sont parfaitement démontrés par l'argumentation suivante :
 
 
(PVP)
Pour un niveau donné de revenu minimum, y a-t-il une raison de croire que cette
solution vaut mieux pour les pauvres qu'un revenu garanti fondé sur un contrôle des ressources ? La réponse est oui, pour au moins trois raisons liées.
 
Premièrement, le taux de rendement de l'allocation sera vraisemblablement plus élevé avec un système universel qu'avec un contrôle des ressources. Il se trouvera
moins de pauvres à ne pas avoir été informés de leurs droits et à ne profiter de leurs
allocations.
 
Deuxièmement, il n'y a rien d'humiliant à toucher une allocation accordée à
chacun, en sa qualité de citoyen. On ne peut en dire autant, même avec
les procédures les moins avilissantes et importunes, des allocations destinées
spécifiquement aux nécessiteux, aux indigents, à ceux qu'on considère comme
incapables de se débrouiller seuls. Du point de vue des pauvres, cela peut constituer
un avantage en soi, parce que l'allocation universelle sera moins stigmatisante. Cela a
une importance indirecte parce que son aspect stigmatisant affecte le taux de
demandes d'allocations.
 
Troisièmement, dans un système d'allocation universelle, le versement régulier et
sûr de l'allocation ne s'interrompt pas lorsqu'on accepte un travail, comme c'est
le cas dans un système standard avec contrôle des ressources. Comparé à des
systèmes avec contrôle des ressources garantissant le même montant de revenu
minimum, cela ouvre de réelles perspectives pour des pauvres, qui ont de bonnes raisons de ne pas prendre de risques. Cela revient à supprimer un des aspects de
cette ornière du chômage, qui est le corrélat ordinaire des systèmes classiques
d'allocations, un aspect auquel les travailleurs sociaux sont souvent bien plus sensibles que les économistes.
 
Puisque vous pouvez conserver le montant total de votre allocation universelle, que
vous travailliez ou non, que vous soyez riche ou pauvre, votre situation s'améliore
nécessairement lorsque vous travaillez
 
Sans considération pour la motivation. L'allocation universelle se démarque aussi
des systèmes classiques de revenu garanti, qui ont tendance à se limiter à ceux qui se
montrent d'une manière ou d'une autre désireux de travailler. La portée précise de
cette limitation varie sensiblement d'un pays à l'autre, et parfois d'une autorité locale à une autre à l'intérieur du même pays.
 
Cela peut signifier que l'on doit accepter un travail approprié s'il est proposé, avec une discrétion administrative tout à fait révélatrice sur l'interprétation qu'on doit donner à «
approprié » en termes de lieu de travail ou de qualifications ; ou bien que l'on doit
donner une preuve de son intérêt actif dans la recherche d'un travail ; ou bien que l'on doit accepter et respecter un « contrat d'insertion », qu'il soit lié à un travail rémunéré, à la formation ou à un autre activité utile.
 
Au contraire, une allocation universelle est versée comme un droit - et non sous des prétextes plus ou moins fallacieux - aux femmes au foyer, aux étudiants, à ceux qui sont en congé sabbatique et aux clochards invétérés. L'abolition du contrôle des ressources, comme nous l'avons vu, est intimement liée à l'élimination de l'ornière du chômage (dans ses deux dimensions) et donc à la création de la possibilité d'offrir et d'accepter des travaux faiblement rémunérés, possibilité qui n'existe pas actuellement.
 
Mais certains de ces travaux peuvent être dégoûtants, dégradants, sans débouchés, et ne devraient pas être favorisés. D'autres sont des travaux plaisants, enrichissants, des tremplins, qui valent la peine d'être acceptés, même avec une faible rémunération, en raison de leur valeur intrinsèque, ou de la formation qu'ils offrent.
 
Qui peut fixer la distinction ? Ni les législateurs, ni les bureaucrates, mais les employés, à qui on peut faire confiance pour en savoir beaucoup plus que ce qui est su « en haut » à propos des innombrables aspects d'un travail qu'ils effectuent ou envisagent d'accepter. Ils ont les connaissances qui leur permettraient d'opérer la discrimination, mais pas toujours le pouvoir de le faire, en particulier s'ils possèdent des talents qui présentent une faible valeur, ou une mobilité restreinte. Une allocation universelle sans contrainte de travail assure aux plus faibles un pouvoir de négociation que ne permet pas un revenu garanti conditionné au travail.
 
Autrement dit, l'inconditionnalité par rapport au travail est un outil crucial pour éviter que l'inconditionnalité par rapport aux ressources ne conduise à la multiplication des métiers dégradants. En l'absence de contrôle des ressources, on peut s'attendre à ce que la structure d'impôts et d'allocations soit telle que les bénéficiaires puissent augmenter leur revenu de manière significative grâce au travail, même peu rémunéré et à temps partiel, et sans être enfermés dans ces emplois lorsque leurs compétences s'améliorent, ou lorsqu'ils peuvent augmenter leur temps de travail. Une (ré)insertion dans le monde du travail se trouve ainsi facilitée et encouragée, et, pour ceux qui redoutent une division de la société en actifs et non-actifs, il sera de ce fait beaucoup moins nécessaire d'insister pour que le droit à l'allocation soit couplé avec une obligation de (se trouver apte à) travailler.
 
Indemnité chômage versus workfare financé par l'Etat : un dilemme. Un examen plus rigoureux révèle toutefois que cette attente repose sur des fondements bien faibles.
 
En effet, supposons tout d'abord que la contrainte de travail est conçue commel'obligation d'accepter un emploi offert par un employeur (public ou privé) qui veut en avoir pour son argent.
Si le travailleur n'a pas envie de prendre ou de garder cet emploi, sa productivité
présumée et effective a peu de chances d'être telle que l'employeur souhaite l'embaucher ou le garder.
 
Mais si le travailleur est réellement disposé à travailler, le fait de ne pas être embauché
ou d'être mis à la porte (en raison d'une productivité trop faible, et non pour quelque
faute caractérisée) ne peut pas le disqualifier pour un revenu garanti conditionné par le travail, plus que pour une allocation universelle inconditionnelle.
La seule différence réelle entre les deux types d'allocations est simplement que le premier gaspille le temps de l'employeur et du travailleur.
 
Supposons maintenant que la contrainte de travail est conçue comme l'obligation d'accepter un travail de second choix procuré par l'Etat dans ce but précis.
Rassembler ceux qui ne sont ni employables ni motivés n'est pas exactement la clé d'une productivité élevée, et, sans tenir compte des préjudices produits à long terme
sur la moralité des conscrits et sur l'image du secteur public, le coût net pour mettre au
travail ce matériau humain récalcitrant pourrait bien être à peine moins élevé que
l'emprisonnement complet ; il faudra payer la surveillance et la réparation des bévues
qui entachent la contribution que ces employés paresseux apportent au produit
national. Le problème économique posé par la contrainte de travail est presque aussi sérieux que le problème économique posé par les prisons.
 
Il est moins cher de donner aux riches.
Mais, dans l'hypothèse d'une technologie informatisée et efficace de levée des impôts
et de redistribution, il se peut que ces coûts soit moins élevés dans un système
universel ex ante, que dans un système ex post avec contrôle des ressources, au
moins pour un certain degré donné d'efficacité pour atteindre les pauvres. Ainsi,
paradoxalement, donner à tous n'est pas plus, mais moins cher que donner exclusivement aux pauvres.
 
1.2 Le contexte économique actuel
 
Ce contexte impose de raisonner le problème du chômage d'une autre manière que par les
moyens traditionnels. D'une part il faut bien sûr améliorer l'efficacité d'organisme du type
« Forem », mais il faut aussi encourager l'ouverture des citoyens vers d'autres horizons en
leur garantissant un filet de sauvetage
 
(PVP) Ce n'est pas affirmer qu'il n'y aura plus de travail, c'est plutôt affirmer qu'il n'y
aura pas de travail décent pour tout le monde si nous n'avons pas l'intelligence et le courage de moderniser radicalement nos systèmes de protection sociale, précisément
en les pourvoyant de ce socle que serait l'allocation universelle. L'allocation universelle
n'est pas un minimex auquel on pourrait désormais prétendre sans même faire mine
d'être demandeur d'emploi. Elle ne vise pas à rendre l'exclusion plus confortable.
Elle vise à l'abolir, sans pour autant recourir au travail forcé.
 
 
 
2. Ethique de l'Allocation Universelle
 
L'esprit du libéralisme se retrouve dans cette idée
 
(PVP) Mais la plus fondamentale concerne notre vision des finalités dernières de
l'économie. S'agit-il ultimement d'occuper les gens ou de les libérer? Pour moi, il s'agit
de les libérer: les libérer toutes et tous autant qu'il est durablement généralisable, en les dotant de moyens et pas seulement de droits, et en élargissant leurs options dans la sphère du travail rémunéré comme en dehors.
 
 
2.1 La controverse
 
il est clair que cette solution subira une salve de critiques de tous ordres, éthiques parce ce système ne prévoit pas de réciprocité à la dotation, financière en ce qui concerne son coût,
technique en ce qui concerne ce qu'elle remplace, de principe de la part des sceptiques Passons en revue les différentes arguments à charge et à décharge.
 
Convenance sociale ( réciprocité et paresse)
 
Notons deux réactions relevant de positions rigoristes
 
(Alain Wolfesperger) C'est ici que nous touchons à l'immoralité foncière du projet
d'Allocation Universelle. Le principe de réciprocité n'est pas le produit d'une spécificité culturelle, par exemple, des sociétés marchandes ni la traduction d'une morale particulière. Si le mot "sens moral" a un contenu c'est surtout à cause de lui. On le retrouve dans toutes les sociétés humaines et même dans certaines sociétés animales. C'est le principe constitutif du lien social entre personnes non apparentées et il existe d'excellentes raisons de penser qu'il a un fondement biologique du fait de ses avantages d'un point de vue évolutionniste.
 
 
(Wiki) Sur un plan plus moral, cela pose le risque d'institutionnalisation d'une culture de paresse et la remise en cause de la valeur travail. Les opposants à l'allocation universelle arguent ainsi que chacun a le devoir de contribuer dans le cadre de ses possibilités et aptitudes personnelles au bien-être de la société, et voient dans l'allocation universelle, si elle est trop élevée, une exhortation à l'inactivité et à l'égoïsme. Certains libéraux jugent donc immoral le concept de revenu versé sans réciprocité. Les partisans de l'allocation universelle plaident en faveur de la prise en compte des activités non-professionnelles (bénévolat, développement individuel, création artistique, philosophique¼ qui selon eux prendraient part au développement collectif) dans la notion de progrès de la société. Selon eux, la société aurait tout intérêt à parier sur la participation des individus à son progrès en leur libérant du temps pour leurs activités personnelles et en leur garantissant les moyens de subsister, considérant que l'activité salariée n'est pas tout dans l'évolution de la société.
 
 
Contrat social (selon Locke)
 
Entrons plus avant dans la sphère philosophique avec John Locke qui au nom d'une justice sociale demande une contrepartie au droit de propriété qu'il défend par ailleurs
 
 (Wiki) On a souvent justifié l'allocation universelle comme contrepartie à la propriété
privée de la terre. Le philosophe anglais John Locke justifiait en effet l'appropriation de
biens communs (comme la terre) et donc le droit de propriété en déclarant, entre
autres, que seul un propriétaire privé aurait intérêt à la mettre en valeur, puisque selon
Locke, le droit de propriété s'applique uniquement au produit de son travail.
Cependant, privatiser une terre implique d'exclure les autres êtres humains de l'accès
aux ressources naturelles, si bien que, selon la « clause lockéenne », la justice
commande d'indemniser les gens pour la perte de leur droit à se livrer à des activités »
d'exploitation des ressources naturelles communes
 
En effet, la « clause lockéenne » exige que, lorsque quelqu'un s'approprie un objet, il doit en rester, selon la formule de Locke, « suffisamment et en qualité aussi bonne en
commun pour les autres ». En d'autres termes, quelqu'un n'a pas le droit de
s'approprier l'unique source d'eau dans un désert. Pour contourner ce problème,
Robert Nozick affirme ainsi que, dans un tel cas, l'appropriation originelle d'un bien
commun ne peut se faire qu'à condition de compenser les autres utilisateurs « de telle
sorte que leur situation ne se détériore pas par elle-même »
 
 
 
Dérives capitalistes
 
En mettant à jour les spéculations douteuses, les disparité de traitements, le bonus des
traders, les parachutes dorés, la crise a montré de tels errements du capitalisme sauvage
que les concepts traditionnels deviennent obsolètes et doivent être régulés . Et ces dérives heurtent l'opinion bien plus que les mesures établies avec tâtonnement par les
gouvernements. Il faut une contrepartie à ces dérives que précisément pourrait constituer
des solutions comme l'AU
 
 
Conclusions
 
Comment apprécier les projets de l'Allocation Universelle sous l'aspect de l'éthique.
Certains les qualifient d'immoraux. Mais sont-ils immoraux ?
 
Non, puisqu'ils ne lèsent personne : chacun reçoit la même somme avec la même fréquence.
Non, si l'on accepte les conclusions de J. Locke examinées plus tôt.
Non, si l'on accepte les nombreuses allocations diverses déjà attribuées tous azimuts. Leur tort est d'être disparates, injustes et onéreuses.
Non, si l'on accepte, même tacitement, d'autres dérives d'un capitalisme débridé.
 
 
 
 
2.2 La relation sociale
 
Position dominante de l'offre
 
Le demandeur est en position de dépendance manifeste vis-à-vis de l'employeur potentiel et du type de travail qui lui est proposé
 
(JM Ferry) De fait, la situation réelle sur le marché est asymétrique entre offreur et
demandeur d'emploi. L'offre de travail a, en effet, une puissance positive inférieure à
celle de l'offre d'emploi ; accepter une offre de travail a beaucoup plus de chances de
succès que se porter sur une offre d'emploi ; le "oui" à une offre d'emploi n'a pas les mêmes chances de satisfaction que le "oui" de l'employeur à une offre de travail. Du
côté du demandeur d'emploi, la vraie liberté est donc beaucoup plus de dire non à telle
offre d'emploi que de trouver un emploi correspondant à son offre de travail. C'est pourquoi, dans le langage ordinaire, non pas celui des économistes, on parle plus
naturellement de demandeur d'emploi que d'offreur de travail. Il est vrai qu'il y a des offres d'emploi non satisfaites. Mais cette insatisfaction n'a pas la même signification pour la liberté positive que l'insatisfaction des demandes d'emploi.
 
Donc, comme droit-liberté, il semble que le droit au travail consacre seulement la
liberté de dire non à l'emploi offert. ¼
 
L'Allocation universelle pourrait faire connaître le droit au travail, non pas comme une
hypocrisie de l'État social mais comme une liberté de choisir son activité et de
contribuer à la définition de l'utilité sociale ou socialement reconnue des activités (une liberté positive, par conséquent). Face à l'étau classique : soumission au marché, d'un
côté, assistance de l'État, de l'autre, l'Allocation universelle assied, en effet,
l'autonomie substantielle des individus. Grâce à un droit inconditionnel au revenu, ceux-ci renforceraient par là même leur position pour la négociation du contrat de
travail, c'est-à-dire leur action face au marché, tandis que, face à l'État, ils n'auraient plus à se plier aux conditions particulières d'obtention de subsidiations sociales.
 
Qualité du travail
 
(JM Ferry) Contrairement aux préjugés sceptiques plus ou moins élitaires, la grande
masse des individus désire travailler, désire s'insérer socialement, désire être
acceptée et reconnue par la communauté. Seulement, la structure et le nombre des
offres du marché sont limités. Cette limitation du marché de l'emploi n'est pas
seulement quantitative ("Il n'y a pas de travail !") ; elle est aussi qualitative : il existe un gouffre, un abîme entre ce que les jeunes gens, spontanément, désireraient faire dans
le monde social et ce qui leur est proposé. Ils doivent se plier à des profils de postedéfinis en fonction de besoins de qualification sélectifs, de plus en plus déconnectésdes contextes culturels, tandis que cette définition du "socialement utile" est largement le monopole des groupes privés et de la puissance publique. Mais les individus n'ont pas part à la définition de l'utilité sociale des activités économiques.
 
 
 
3. Contexte de l'emploi
 
3.1 En ce qui concerne la mondialisation
 
A cause des charges élevées sur le travail, la mondialisation implique que le type d'activité qui restera disponible dans nos pays est d'une autre nature que celle que nous connaissions. La mondialisation est-elle condamnable ? Non, selon Comte Sponville, ce type de travail que nous perdons va bénéficier à d'autres dans le monde. C'est donc socialement positif.
 
Détaillons le processus avec PVP
 
(PVP) De cycle en cycle, une part croissante de la population européenne active a une productivité économique immédiate trop faible pour "valoir" à un employeur l'ensemble du coût salarial associé à un salaire net décent. Ce phénomène est pour partie le reflet
direct de l'évolution technologique et de la mondialisation des marchés: ce que je
peux gagner est massivement réduit lorsqu'il devient possible de produire ce
que je produis pour un salaire dix fois moindre à l'autre bout du monde et de le transporter à bon prix jusqu'ici.
 
Imaginons un instant le processus actuel de l'automatisation et de la délocalisation
porté à son extrême limite. Dans ce cas de figure fictif, toute la production du territoire
national est automatisée, tandis que la production nationale non automatisée est réalisée à l'étranger. L'entreprise cesse d'être le centre de la production et de la
répartition de la richesse, générée sous forme de revenu monétaire. En effet, dans
cette situation. l'entreprise nationale ne verse plus de salaires mais uniquement des
dividendes à ses actionnaires, et la population nationale n'est plus mise au travail pour
assurer la production nationale car celle-ci n'a plus besoin d'emploi national. Les
compétences d'emploi dont la production nationale peut encore avoir besoin se
résument à des compétences pointues et à des activités immatérielles de conception, de communication ou d'imagination.
 
 
3.2 En ce qui concerne l'économie
 
Adéquation de la demande à l'offre :
 
Alors qu'un grand pas pourrait être fait par les organismes en charge dans la mise en relation de l'offre et de la demande d'emploi, il est illusoire de réaliser une relation complète entre les deux, à cause du coût de la formation et de la prévision des besoins à terme qui restera aléatoire, compte tenu des avancées technologiques.
 
(PVP) Pour être à la mesure du défi, une réduction générale du temps de travail et/ou un gonflement systématique de la formation professionnelle impliqueraient un coût en
ressources humaines que nos petites économies ouvertes seraient bien en peine de
supporter. La seule stratégie réaliste consiste dès lors à réorienter une part de nos
systèmes de transferts sociaux de l'indemnisation de l'inactivité vers le soutien
d'activités par exemple peu qualifiées et/ou impliquant une bonne dose
d'apprentissage et/ou dans l'économie sociale dont la productivité immédiate est insuffisante pour pouvoir en vivre.
 
 
3.3 En ce qui concerne les organismes d'orientation
 
 
Le Forem joue-t-il son rôle ?. Connaît-il suffisamment les besoins des entreprises « en temps réel » et à terme ?. Le paradoxe est le succès et le foisonnement des sociétés d'intérim qui, elles, prospectent, connaissent les besoins à court et long terme des entrepreneurs et placent les gens sans problème. D'autre part, par la succession des « missions temporaires » engrangées, les entreprises effectuent un test suffisamment long, jauge concrète du candidat.
 
La vrai réponse est l'accompagnement du demandeur d'emploi par un « référent » du Forem qui connaît tant la demande réelle du marché que le profil du candidat, le prend en main et l'introduit. C'est un objectif nettement plus social que d'imposer aux demandeurs des démarches tous azimut à la fois stériles et démoralisantes.
 
Si ce rôle est efficacement réalisé dans les missions de formation ou de mise en relation, il
restera plusieurs couches de demandeurs d'emploi non couvertes et plus la technologie
progresse, moins les structures permettront le plein emploi.
 
 
3.4 En ce qui concerne le demandeur
 
Avec beaucoup d'empathie pour les demandeurs essayons de concevoir leur état d'esprit
face à un travail qui leur est proposé :
• Différentiel entre l'indemnité de chômage et le travail proposé
• Dilemme entre le désir de se lancer et la crainte de l'échec, surtout lorsqu'il s'agit
   d'une activité indépendante.
• Dilemme aussi entre l'inactivité prolongée et la crainte de « perdre la main ».
 
La description de la trappe au chômage est particulièrement bien synthétisée dans ce qui
suit :
 
 
(PVP) Les quatre dimensions de la trappe du chômage
 
La trappe — ou le piège — du chômage est un mécanisme multidimensionnel qui
maintient les bénéficiaires d'allocations — les allocations de chômage ou d'inaptitude
au travail, le RMI — dans une situation d'exclusion de toute activité rémunérée déclarée.
 
Le revenu proposé est-il suffisamment attractif pour emporter sa conviction ?
 
(PVP) Le premier aspect de cette trappe — auquel celle-ci est souvent intégralement
réduite — consiste en un différentiel de revenu net insuffisant, parfois même nul ou négatif (compte tenu des frais supplémentaires de garde d'enfants, de transport, de
vêtements, etc. qu'engendre l'obtention d'un emploi), entre la situation où on
effectuerait le travail rémunéré que l'on est susceptible de trouver et la situation de chômage indemnisé.
 
Lorsque ce différentiel est faible, on peut généralement s'attendre à ce que l'incitation à chercher et accepter du travail soit tout aussi faible. A strictement parler, il ne s'agit
certes à ce stade que de chômage "volontaire": le travail disponible n'est pas
suffisamment attrayant par rapport au non-travail. Mais il importe de voir que, comme
la situation matérielle des chômeurs concernés est déjà souvent fort pénible, il y a
bien des cas dans lesquels accepter un travail ne serait pas seulement absurde, mais simplement une option qu'ils ne peuvent pas se permettre.
 
 
 
La peur de se lancer et de changer de statut
 
(PVP) A ce premier aspect de la trappe du chômage induite par le système actuel de
revenu garanti et d'assurance-chômage s'en ajoute un second, lui aussi « volontaire »
et au moins aussi important. Habituellement ignoré par les économistes mais bien
perçu par les travailleurs sociaux et les sociologues de terrain, il concerne l'incertitude
inhérente aux changements de statut que le fonctionnement de ce système requiert.
Sous cet aspect, la trappe naît parfois de la peur de quitter la sécurité d'allocations
régulièrement payées pour dépendre désormais d'un employeur qui, peut-être,
payera avec retard, ou de manière aléatoire, ou pas du tout. Elle naît le plus souvent
de la crainte de ne pas tenir le coup ou de ne pas donner satisfaction à l'employeur, et
ainsi de s'exposer aux aléas et retards des démarches administratives plus ou moins
complexes, opaques, arbitraires et humiliantes qui seront requises pour retrouver le droit aux allocations après avoir dû renoncer à l'emploi que l'on avait trouvé ou s'en être fait licencier. Que le risque d'interruption de revenu se situe principalement au
moment où on accède à l'emploi ou au moment où on l'abandonne, ceux qui ne peuvent compter sur des réserves significatives ou sur la solidarité des proches
s'exposent au risque de déclencher une spirale d'endettement, l'expulsion du
logement, la coupure du gaz, l'impossibilité de se soigner, etc. Même lorsque la probabilité objective en est relativement faible, la perspective d'un tel processus
dramatiquement cumulatif peut être perçue comme une menace majeure par des personnes mal équipées pour connaître, décoder et a fortiori invoquer les règles effectives. Elle est dès lors est suffisante pour acculer au repli prudent dans la
trappe du chômage beaucoup de ceux qui, autrement, accepteraient volontiers un emploi payant à peine plus (voire moins) que leur allocation.
 
La motivation pour l'activité proposée
 
(PVP) A ces deux premiers aspects, il faut immédiatement en ajouter un troisième, qui introduit une dimension de chômage "involontaire", au sens strict que les économistes donnent à ce terme. Même lorsqu'elles ne sont pas contraintes par un salaire minimum
légalement prescrit, les entreprises n'ont guère intérêt à offrir des emplois dont la rémunération nette est inférieure (ou guère supérieure) au niveau des revenus de
remplacement, et cela même au cas où ils trouveraient acquéreurs. Pourquoi? Parce
qu'elles savent bien qu'avec une telle rémunération, les travailleurs seront
généralement peu motivés à travailler avec assiduité et diligence et ne se
soucieront guère de la menace de licenciement ou de non-reconduction de contrat, la
perspective étant pour eux, dans ce cas, de garder à peu près le même revenu et de
s'épargner les coûts liés au travail et les efforts que celui-ci exige. Les entreprises vont
dès lors s'abstenir d'offrir de tels emplois, dont la rentabilité nette attendue serait
dérisoire - en particulier si l'on tient compte des coûts de recrutement, d'insertion, de formation et (éventuellement) de contentieux qui s'ajoutent à la rémunération et aux
cotisations sociales —, et elles préféreront dès lors offrir des emplois moins nombreux,
mais mieux payés que ce que des chômeurs ayant toutes les qualifications requises
seraient prêts à accepter, engendrant de ce fait un véritable chômage involontaire. Ce
n'est pas seulement qu'il ne serait pas très raisonnable, pour les allocataires,
d'accepter ces emplois peu payés mais aussi qu'il ne serait pas très rationnel, pour les
entreprises, de les offrir.
 
La perte du know-how en cas d'inactivité prolongée
 
(PVP) A ces trois aspects de la trappe du chômage s'en ajoute encore un quatrième
qui reflète simplement le fait qu'avec le temps (biographique), la trappe ne cesse de se
creuser, par l'effet conjoint de trois processus distincts qui se renforcent
mutuellement. Le premier d'entre eux est la dégénérescence des savoir-faire productifs: à mesure que le chômage se prolonge, on perd la capacité d'être ponctuel, de mobiliser son énergie, de structurer ses journées; on oublie les connaissances techniques apprises; et surtout on n'a pas l'occasion de tenir à jour
ces connaissances grâce à la pratique quotidienne sans laquelle elles deviennent
rapidement obsolètes.
 
Le second processus est une transformation des aspirations: ne fût-ce que pour
survivre psychologiquement, ceux qui sont coincés dans la trappe doivent réorienter
leur conception de ce qui importe dans la vie vers autre chose que le travail salarié déclaré — de l'éducation des enfants au trafic de drogue. Entre ces deux processus
s'enclenche rapidement une rétroaction cumulative: plus on sent ses qualifications
s'éroder, plus on oriente ailleurs ses ambitions, et moins on se focalise sur le travail
salarié, moins on se soucie d'entretenir ses savoir-faire.
 
En outre, ces deux processus en engendrent un troisième, qui les renforce à leur tour l'un et l'autre. Supputant la réalité de ce double processus d'érosion des capacités et des motivations, les employeurs auront naturellement recours à une forme de discrimination statistique à l'encontre de ceux qui y ont été exposés, à savoir les chômeurs de longue durée. Par suite, ceux-là même dont les qualifications et aspirations seraient restées intactes en dépit d'un chômage prolongé verront leur chance d'être engagés amoindrie par l'effet de ce troisième processus, qui fait de la durée du non-emploi un signal commode de l'inemployabilité de ceux qui en sont les victimes. L'effet cumulé de ces trois processus
ne tarde pas à transformer la trappe du chômage en une véritable fosse de l'exclusion, dont on ne peut plus espérer sortir que par miracle.
 
 
 
 
 
4. L'effet de l'Allocation Universelle
 
 
 
4.1 Aspect financier et Estimation des Coûts
 
 
Plus simple et plus juste, le bilan financier est positif
 
 
(JM Ferry) Si l'on considère alors le fait que, dans l'Union, le chômage de longue durée (plus d'un an) représente entre 30 et 60% du chômage total dans les pays-membres, on aperçoit que le coût financier apparent de l'Allocation universelle pourrait, hélas, être assez rapidement amorti par la substit tion qu'elle permettrait d'effectuer sur certaines prestations sociales, dont, pour partie, les indemnités de chômage de longue durée
 
Il s'ensuit que les augmentations de dépenses sociales liées directement au chômage de longue durée seraient amorties à raison de la substitution (partielle) de l'Allocation universelle aux indemnités correspondantes.
 
 
(JM Ferry) Au chapitre du coût financier net, il n'y a pas seulement les déductions
liées à la part d'autofinancement fiscal ni seulement le remplacement possible d'une
partie des prestations sélectives (dont le calcul reste à faire, avec des scénarios
comparatifs) : il y a aussi les économies induites par réduction des coûts administratifs
de fonctionnement. Il conviendrait, à cet égard, de mesurer ce que représenterait la
rationalisation-simplification opérée par l'Allocation universelle, par rapport au système actuel des prestations sélectives, avec la constitution et l'actualisation des dossiers, le contrôle des situations prétendues et leur suivi, les qualifications spéciales des agents, les démarches, courriers, recours gracieux, hiérarchiques ou juridictionnels, etc.
 
 
 
 
4.2 Effet mobilisateur de l'Allocation Universelle
 
Mise en évidence dans les textes qui suivent, l'Allocation Universelle va permettre une plus grande ouverture au milieu de l'emploi, une garantie pour certaines activités à risque.
La mobilisation des gens au travail est ainsi plus forte et la durée du chômage raccourcie
évitant l'écueil de la déconnexion
 
 
 
(PVP) Subside à la subsistance
 
Verser le subside directement aux travailleurs potentiels. C'est cela, l'allocation
universelle. Elle ouvre aussi la possibilité de concilier un revenu décent et un emploi
salarié à temps plein peu rentable - à condition toutefois que celui-ci soit suffisamment attrayant sous d'autres aspects. Car l'allocation universelle rend en même possible de
réduire son temps de travail, ou d'acquérir une formation complémentaire, ou encore de s'investir dans des activités non rémunérées.
 
(wiki) Organisation du travail
 
 
En réduisant l'incertitude sur les revenus futurs, l'allocation universelle jouerait selon
certains de ses partisans comme un filet de sécurité favorisant la prise de5risque
individuelle, et le lancement dans des projets non-rentables à court terme .
Cette situation entraînera une évolution de la relation contractuelle entre les salariés et
leur employeur, plus aucun salarié n'étant dans la situation de devoir accepter
n'importe quel emploi pour gagner de quoi vivre : les salariés peuvent plus librement
négocier leur contrat, ce qui conduirait à la suppression des « mauvais emplois »
Le complément de revenu offert par l'allocation permettrait aux employeurs de
diminuer les bas salaires, ce qui en fait une subvention du travail peu qualifié.
 
 
(wiki) Effet sur l'inactivité choisie
 
 
Une proportion plus ou moins grande de la population déciderait que l'allocation
universelle leur suffit et cesserait de chercher un emploi, favorisant ainsi le temps libre et les activités artistiques, philosophiques voire scientifiques, ainsi que le bénévolat.
Cela permettrait également, puisque travailler est une contrainte moins forte, une
réduction du temps de travail pour ceux qui le souhaitent et une mise en valeur des horaires réduits.
 
Economiquement, cette modification du coût d'opportunité entraînerait la réduction de l'offre de travail (c'est-à-dire de la quantité de personnes, qui, au sein de la population
en âge de travailler, souhaitent travailler), et donc la diminution du niveau de PIB. La
conséquence directe est que les demandeurs d'emplois seraient moins en compétition,
pourraient trouver plus facilement du travail et seraient plus en position de force, voire à égalité, dans les négociations avec le patronat.
 
 
 
 
 
 
 
5. Bilan des avantages de l'Allocation Universelle
 
 
Résumé de ces avantages par Marc de Basquiat dans le site allocationuniverselle.com
 
  • Les mêmes règles s'appliquent à tous
  • Personne n'est laissé dans la misère
  • Chacun voit un intéret économique à travailler
  • La subsistance devient un droit universel, au même titre que les soins hospitaliers et le logement
  • Aucune démarche ni contrepartie n'étant demandée, aucune situation particulière n'est stigmatisée
  • Qu'on soit bénéficiaire net (inactivité ou faibles revenus) ou contributeur (revenus élevés), personne ne peut se sentir victime d'un système injuste
  • Les cas très fréquents de non-recours, où les personnes ne bénéficient pas de leurs droits, par simple ignorance ou lassitude face aux démarches administratives, disparaissent totalement
  • L'AU distribuant à tous, par définition, la part qu'il prélève sur tous les revenus, la lutte contre le travail dissimulé devient un objectif partagé par l'ensemble de la population
  • Le coût du travail est abaissé, renforçant l'attractivité économique du pays
  • Le coût d'administration du complexe système actuel diminue, permettant de redéployer des effectifs publics vers d'autres missions d'intérêt général
  • La logique différentielle des minima sociaux s'inverse : les autresrevenus sont considérés comme les compléments individuels et conjoncturels d'un revenu universel permanent
  • Les prestations chômage deviennent de pures mécanismes assurantiels, en complément d'un revenu socialisé universel
  • Le mécanisme portant sur la personne, de façon individuelle, la complexité actuelle de "familiarisation" des prestations, en particulier en cas de ménages recomposés, disparaît
  • La tendance, statistiquement observée, d'organiser la composition légale de son ménage en fonction des avantages fiscaux ou redistributifs à en attendre disparaît également
  • Le calcul de l'impôt à la source des revenus est généralisé, simplifiant également la gestion tout en minimisant les risques d'erreurs ou de fraudes

 

6. Mise en œuvre
 
Reste bien sûr à établir une stratégie de réussite, en convainquant les acteurs politiques et sociaux. Mais cela est un autre débat.